Compte-rendu de la Croisière sur la Seine, de Honfleur à Paris

 du 26 au 30 septembre 2010

Carnets de route


On the road again and again
De bon matin,  la compagnie s’est étoffée au fil des haltes, pour se compter au complet quand Jacques, le pilote, nous a rejoints aux portes d’Angers. Première réunion de groupe au Mans, histoire de digérer, par un petit déjeuner en commun, les frustrations nées d’un lever trop précoce. Ensuite, nous avons foncé droit sur Alençon, premier bastion normand de notre équipée.
Croisière sur la Seine Image 1
Maison natale
de Ste Thérèse de l'Enfant Jésus

Croisière sur la Seine Image 2
Cathédrale de Sées
Alençon
Préfecture de l’Orne, Alençon se réveille tard le dimanche matin. Dans les rues désertées, faire le point en prenant la porte de la cathédrale pour amure a été aisé. Quelques pièces d’architecture intéressantes, une duchesse brûlée vive à Paris (dans l’incendie du Bazar de la Charité) et l’empreinte de sainteté laissée par la famille Martin-Guérin concourent à rapprocher Alençon de Rouen. Guidés sans nul doute par l’Esprit, les vaillants explorateurs se sont retrouvés, sans concertation aucune, au même endroit : la maison natale de «la petite Ste Thérèse ».

Sées
Siège épiscopal  et palindrome élégant, Sees n’aurait guère retenu l’attention, n’était la dévotion fidèle des cruciverbistes. La cathédrale et les halles sont des constructions estimables. Précisément, c’est en ce dimanche qu’on célébrait le 7ème centenaire de la dédicace de la cathédrale. Comme nous étions attendus ailleurs, nous avons renoncé à prendre part aux festivités de l’après-midi. Cette défection a dû froisser en haut-lieu puisqu’après notre départ, les conditions météorologiques n’ont pas cessé de se dégrader.

Vimoutiers
Halte déjeuner dans cette bourgade, vouée au culte de Marie Harel. Celle-ci réalisa, en 1791, la miniaturisation du fromage de Brie pour en faciliter la mise en boîte. Le produit, baptisé du nom du lieu de sa création (Camembert), constitue, à l’égal du cidre, un totem du Pays d’Auge. Il a connu une grande diffusion à l’ère industrielle, qui fait le miel de tyrosemiophiles acharnés. De la collection au musée, le chemin est tracé. Avec cette difficulté toutefois : comment les pratiques momifiantes du musée peuvent-elles être appliquées sur un produit réputé plutôt coulant ?

Sur les routes du Pays d’Auge
Sur la route des fromages (Camembert, Livarot, Pont-l’Evêque) et des pommiers, la pluie « made in Normandy » ne nous a pas quittés. Une halte à Lisieux figurait au programme, manière de fermer la boucle entamée à Alençon. Las, les conditions atmosphériques, les restrictions apportées à la circulation automobile et le grand concours de processions en ce dernier dimanche de septembre, nous ont interdit l’escale et contraints à mettre le cap sur la côte. En prémisse aux boucles de la Seine, inscrites au menu du mardi 28, Jacques nous a offert un crochet qui enfilait les ponts de Normandie et de Tancarville. Dans l’entre-ponts de la rive droite, la route s’inscrit entre les falaises calcaires de St Vigor d’Imonville, dont la blancheur ne doit rien aux détergents, et la raffinerie Total plutôt concernée par le nettoyage des plages. Au terme de cette escapade, prolongée à l’entrée de Honfleur par des tours magistraux de certains rond-points, nous sommes arrivés, ponctuels, à la coupée du « Rhône Princess ».

Port de Honfleur
  C
Honfleur et Deauville
Tout oppose ces deux sites touristiques voisins. L’un est un village de marins qui enserre son vieux bassin depuis des siècles, tandis que l’autre est un lotissement artificiel, né au Second Empire, qui aligne ses villas prétentieuses le long du rivage. En cette période de l’année où l’afflux des touristes se fait plus mesuré, le charme de Honfleur n’en est que plus perceptible. A l’opposé, les planches de Deauville, naufragées sur la plage abandonnée, distillent un indicible ennui.
Image Seine09 Deauville
"Les Planches" à Deauville
Productions normandes
Sur le chemin de retour vers Honfleur, nous avons observé une halte « chasse-spleen » destinée à nous requinquer et à soutenir l’économie locale. Cidre, pommeau et calvados n’ont plus guère de secret pour nous, même si certains seraient prêts à redoubler les travaux pratiques. Après le dîner sur le « Rhône Princess », démonstration en costume XIXème siècle, de danses folkloriques normandes. Une fois nos hôtes débarqués, il se faisait l’heure d’appareiller et de suivre la route nautique de leurs ancêtres vikings.
Image Seine12 Dégustation
Dégustation de Calvados


Image Seine13 Vieux Port
Chaumière à Vieux-Port
Caudebec-en-Caux Au lever, brume légère sur Caudebec dont la touche mélancolique amène à évoquer le souvenir de Léopoldine Hugo et de Charles Vaquerie, surpris par le mascaret et noyés à quelques kilomètres de là. Dans ces lieux de tumulte et de foi, un petit pèlerinage dans les ruines romantiques de Jumièges semblait s’imposer... En fait, nous avons débarqué à Vieux Port, charmant village de carte postale avec ses chaumières à colombages, trop bien restaurées pour être hantées par l’esprit de Flaubert ou de Maupassant.



Rouen
Courte halte dans l’antique Rotomagus qui nous fait les honneurs de son crachin typique. Visite trop brève du cœur de la cité dont les constructions, fortement empreintes de gothique flamboyant, remontent majoritairement à la fin du moyen âge. C’est là une période charnière pour la Normandie. Tandis que l’Angleterre s’enfonce dans la guerre civile entre York et Lancastre, la province enterre le pacte féodal passé avec les Plantagenets et va s’ancrer irrémédiablement dans le giron du roi de France, Charles VII. Sur la place du Vieux Marché, une église de construction contemporaine (1975) perpétue le souvenir de Jeanne d’Arc. Celle ci, personnage énigmatique mais figure mythique intemporelle, fut d’abord un catalyseur des énergies avant de déchoir, victime du cynisme des politiques et de l’ingratitude des princes.
Image Seine19 Rouen Le gros horloge
Rouen - Le Gros Horloge


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Trafic fluvial sur la Seine à Rouen
Image Seine18 Rouen Palais de Justice
Rouen - Palis de Justice XVIème


Versailles : ôte-toi de mon soleil !
Détonnant télescopage astral au château de Versailles : venu du pays du Soleil Levant, un plasticien contemporain s’invite dans le palais du Roi Soleil et installe des Dora de plastique dans l’écrin de marbre et de soie de Marie-Antoinette ! La réaction épidermique immédiate pousse à crier à l’anachronisme sacrilège. Pourtant, avec le recul, on peut analyser cette juxtaposition sous un angle opposé, sans épouser nécessairement la cause des « people  branchés » et des niais qui les courtisent servilement.  Voir des créatures faites de matériaux synthétiques, enjouées et pimpantes, peupler ces lieux croulant sous le luxe pesant et l’étiquette artificielle à la mode espagnole apporte un souffle d’air frais. Une pirouette de liberté dans un cadre où tout, de l’architecture à la décoration, avait été pensé, pesé  et réalisé de manière à asseoir le pouvoir du monarque sur le monde et contrôler tous ceux qui auraient pu lui faire de l’ombre.

Sous les ponts de Paris

Il a été tellement écrit sur ce thème qu’il est bien ardu de faire du neuf… et pourtant, installés sur le « pont-au-soleil » (sun deck) lors de la croisière nocturne, nous avons pu, tête baissée mais bras levé, toucher du doigt pratiquement tous les ponts tant la voûte était proche et le passage étroit.

Plaies et bosses de Paris

Le passé des capitales, sièges du pouvoir temporel, a rarement été un long fleuve tranquille. Ceci étant, il n’est nul endroit autre que Paris pour montrer une architecture urbaine à ce point modelée par les convulsions de l’histoire. Larges avenues et perspectives dégagées permettaient de pointer le canon ou de faire charger la cavalerie, les espaces ouverts (Champ de Mars ou plaine des sablons) étaient propices à la manœuvre des troupes et les défenses intérieures (Louvre ou cité judiciaire de l’île de la Cité) offraient des havres de sûreté. Dans une ville où les bosses se nomment tour à tour butte (aux Cailles), colline (Chaillot) ou montagne (Ste Geneviève), il n'est pas surprenant qu’une chapelle érigée sur le Mont des Martyrs vise à exorciser le souvenir de la dernière hécatombe urbaine (la Commune de 1871).
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Équipage du Rhône Princess
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Élèves attentifs
Image Seine21 Groupe sur le pont
Les 35 croisiéristes